13th janvier 2020

Soyons intentionnels, ou Qu’est-ce que le flirt?

Par adwondje

J’ai l’intention de dire en quelques mots à quel point, dans une perspective chrétienne, le flirt est une mauvaise chose. Et très honnêtement, j’aurais préféré ne pas avoir à écrire cet article.

Le flirt, tentative de définition

En français, le terme « flirt » désigne une relation amoureuse empreinte de légèreté, dénuée de sentiments profonds. En anglais, c’est une idée plus précise mais aussi plus large, paradoxalement: « Le flirt ou la coquetterie est un comportement social et sexuel impliquant une communication orale ou écrite, ainsi que le langage corporel, d’une personne à une autre, soit pour suggérer un intérêt dans une relation plus profonde avec l’autre personne, soit, si cela est fait de façon ludique, pour s’amuser ».

Je suis certain que si je cherchais des nuances entre les appréciations américaines et anglaises du mot, perceptions sénégalaises et camerounaises, chrétiennes et musulmanes, je trouverais des différences plus nettes encore, ce qui rend vraiment difficile une introduction dans les règles de l’art avec définition des termes, pour ôter toute ambiguïté. Cependant mes recherches m’ont fait arriver à quelques points communs à travers les cultures et j’ai préféré donner ma propre définition du terme, qui me parait assez généraliste pour s’appliquer à tout ce que j’ai vu jusqu’à présent sur la question.

J’ai donc défini le flirt comme une dynamique de séduction passive ou active sans vision concrète à long terme, et/ou sans fondement. Je vais expliquer chaque élément de cette définition, pour que tous nous puissions déterminer ce qui est un flirt et ce qui ne l’est pas, selon ma perception des choses.

Lorsque je dis que le flirt est une dynamique passive ou active, je veux surtout dire par là que même si on n’est pas acteur direct du flirt, si on le laisse quand même se produire, on n’en est pas moins participant(e). Ceci c’est pour convaincre ma soeur au fond qui doutait peut-être: si il t’envoie des messages et que tu ne fais que répondre, alors que tu sais quelles sont ses intentions, alors oui, tu es bien en train de flirter. Parce que tu pouvais le bloquer ou tout simplement le laisser en okvu comme le bailleur, que tu n’as aucune difficultés à ignorer quand il t’envoie des messages ennuyeux :-). Pareil pour toi mon grand, si tu la vois venir de loin avec ses regards et ses sourires et que toi aussi tu montres tes grandes dents tu es en train de flirter: c’est passif, tu n’es pas « coupable » sur le papier, mais c’est clairement un flirt.

Cependant, le culpabilité ne vient pas du fait que le flirt soit une dynamique de séduction. Même si certaines personnes admettent cette idée que séduire est un péché (avec un argument massue: le diable est le séducteur par excellence), j’avoue que j’ai du mal à accrocher à cette idée. Je fais une distinction nette entre « faire la cours » et « flirter ». Les deux sont, soyons factuels, des dynamiques de drague, mais les deux ne servent pas les mêmes intérêts. Là où celui qui fait la cours et celle qui se laisse courtiser le font pour un but précis (le mariage, bah oui, on est sur un blog chrétien), celui et celle qui flirtent le font sans objectif réel et sans raison réelle, en d’autres termes sans vision à long terme et sans fondement.

Avec cette définition, vous vous rendez certainement compte que toutes les relations dites « de couple » qui n’ont pas, dès leur fondation, « From Day One » comme ils disent en anglais, l’explicite intention d’une relation à long terme débouchant sur le mariage, j’appelle cela un flirt. Avoir un copain ou une copine, c’est un flirt. La distinction se trouve dans l’intention des acteurs ainsi que dans la base sur laquelle ils s’appuient.

L’intention et le fondement, le flirt et le sérieux

En définissant le flirt sur la base des intentions, je m’épargne la lourde tâche de déterminer quel geste, quel acte, quel regard est un flirt et lesquels sont « légitimes ». Parce que nous sommes d’accord qu’il y a des niveaux de flirt, que ce soit culturel ou entre les personnes. Il y a des cultures et des individus qui sont plus tactiles que d’autres et qui donc n’auront pas de difficultés à toucher les mains, les épaules, à enlacer ceux à qui ils tiennent, sans que cela ne signifie quoi que ce soit d’ambigu. D’autres ont déjà fait le tour du monde dans leur esprit dès qu’un regard un peu appuyé est posé sur eux, c’est complètement humain. Mais les intentions, elles, sont universelles. En Chine comme au Népal, il y a des hommes qui entretiennent des conversations dans le but d’obtenir les faveurs d’une demoiselle sans lui promettre quoi que ce soit. En France comme en Afrique du Sud je suis certain qu’on retrouve des demoiselles qui sourient et se rendent disponibles sans pour autant avoir la moindre intention de laisser une chance au prétendant si ses instances ses faisaient plus pressantes. Le flirt, comme le péché, est universel.

Le problème dans ce que je dis arrive vite: on me demandera par exemple comment c’est possible d’avoir l’intention d’engager une relation sérieuse avec une personne qu’on ne connait même pas? Ainsi le flirt devient un moyen de mieux connaitre une personne avant de se décider. On peut aussi arguer que le flirt, tant qu’il est admis par les deux parties et qu’il ne fait de mal à personne, ou est le mal? Comme troisième opposition on peut aussi me reprocher d’importer un code moral du 15ème siècle ou tout simplement une morale de blanc, parce qu’après tout nous sommes dans le siècle où on peut régler son problème de solitude en un clic sur internet, soit en consommant des vidéos qui nous aideront à assouvir nos pulsions, soit en traînant sur des applications qui encouragent ces pulsions et les comportements de flirt: coucou les Dm Twitter, les Ib Whatsapp, et bien sûr l’incontournable Tinder.

Gare à la ligne jaune

Je précise, je parle ici dans une perspective de disciple de Christ. Dans mon esprit je n’admets même pas l’hypothèse de contacts sexuels et je parle uniquement du flirt qu’on peut qualifier de « safe », ce que j’aime appeler la ligne jaune.

Attendez que j’explique la ligne jaune.

En relation (je parle de mariage), tout le monde connait la ligne rouge, cet ensemble d’actions que vous devez absolument éviter parce qu’elles sont clairement répréhensibles, parce qu’elles sont des évidences d’adultère. Les contacts physiques, l’intimité émotionnelle, les conversations clairement provocatrices. En bref toutes les choses que vous feriez en cachette de votre conjoint, sachant que s’il/elle les voyait, il/elle saurait immédiatement que vous n’êtes pas clairs, à moins que vous soyiez un de ces couples bizarres pour qui tromper c’est pas tromper.

On connait aussi la ligne bleue, l’ensemble des comportements qui ne posent aucun problème à moins d’être particulièrement jaloux: personne ne reproche une amitié saine avec un individu, des conversations entre amis, des rendez vous à des heures correctes, et même des taquineries respectueuses. Même si en fonction des couples ces éléments peuvent être distincts, il existe clairement une ligne bleue, qui n’est pas un problème.

Autant la ligne rouge est clairement un problème, autant la ligne bleue est saine. S’il n’y avait que ces deux éléments je n’aurais pas besoin d’écrire cet article. Mais pourtant vous le lisez, à cause de l’existence de la ligne jaune. C’est l’ensemble de toutes les situations qui dans les faits se trouvent dans le bleu, mais dans les intentions sont rouges. La ligne jaune c’est cette conversation pas ambiguë du tout en apparence: si votre conjoint vous surprenait en train de l’avoir, il ne soupçonnerait rien. Mais vous savez, au fond de vous, qu’elle contient plus que ce qu’elle semble. Pour nous célibataires, c’est cette discussion de boulot qui a continué jusque tard dans la nuit; nous avons parlé de tout et de rien et par la grâce de la libre concurrence et des forfaits téléphoniques nocturnes incitatifs, nous nous retrouvons encore à 22h ou plus tard au téléphone. Ce n’est pas grave, ça arrive.

Ensuite, après avoir raccroché, vous lui envoyez un sobre mais significatif « bonne nuit », avec son prénom. Rien de grave, en apparence. Sauf que vous ne vous appeliez jamais par vos prénoms jusqu’à présent. Vous recevez la réponse, « Bonne nuit untel ». Votre prénom aussi. Quelque chose s’est passé. Personne ne le saura s’il fouille votre téléphone, mais vous le savez, que vous n’êtes plus dans la camaraderie professionnelle. Et vous n’êtes pas pour autant dans une dynamique de couple, surtout qu’il, elle est peut-être déjà engagé(e)…

Bienvenue dans la ligne jaune. Et la ligne jaune, c’est un véritable poison.

Les dangers de la ligne jaune, les dangers du flirt

Le livre du cantique des cantiques dit dans un passage: « L’amour est plus fort que la mort ». Sachant que la mort est la séparation d’avec Dieu et la pire chose qui puisse arriver à un croyant, je crois qu’il faut prendre les propos de la sulamite au sérieux. Le flirt est carrément devenu une industrie générant des milliards de dollars; pourtant il comporte des dangers si imbriqués dans sa nature qu’il est impossible de s’en défaire, malgré les apparents avantages que ce type de relations semble comporter.

Il nuit au discernement des émotions

Certains pensent que le flirt est une étape nécessaire des relations de couple, pour découvrir l’autre, et évaluer ses sentiments. Il suffit de l’avoir vécu une seule fois pour saisir qu’on n’aura rien entendu de plus faux. N’importe qui ayant un minimum d’expérience dans les jeux de séduction sait que le flirt n’aide en rien au discernement des émotions, au contraire. Il y nuit fortement. Dans une dynamique de flirt, on se montre sous un jour différent de qui on est vraiment, ce qui est le cas général quand on veut plaire, sauf qu’ici on joue avec les émotions de l’autre en même temps que les nôtres, au gré de nos caprices. Et lorsque des émotions non structurées remplissent l’âme d’une personne, le cocktail d’hormones qui s’en suit empêche de faire la différence entre ce qui est de la circonstance, ce qui provient de nos propres aptitudes de manipulation ou celles de l’autre, et ce qui relève de nos sentiments réels.

Il noit le bon sens sous un cocktail d’attitudes pré-enregistrées

Lorsqu’on est embarqué dans un flirt, la volonté de suivre les scénarios pré-écris dans nos pensées rend automatiquement silencieux notre jugement, qui devient esclave de nos pulsions et de nos intentions inavouées. Je ne compte plus le nombre d’histoires où deux personnes se sont retrouvées à jouer des scènes de films sans s’en rendre compte, non parce que l’autre leur plait vraiment, mais simplement parce qu’il est « bon joueur ». Le flirt est un jeu rhétorique de haut niveau et quand on trouve quelqu’un qui connait nos codes de discours, c’est très tentant de se laisser embarquer dans la danse plutôt que d’y mettre fin et d’installer un climat plus sain. Parce qu’à un moment où à un autre il faudra accepter de poser des questions claires et de vivre cette atmosphère pesante caracteristique des conversations gênantes.

Il génère des désirs, des intentions et des inquiétudes contraires

L’un des plus gros problèmes du flirt c’est qu’il est construit sur la base d’accords tacites et de contrats sociaux silencieux dont les implications ne sont pas toujours connues des parties en présence. On sait quand ça commence, mais on ne sait jamais comment ça finit et quand ça devient sérieux. Et au moment de lever l’ambiguïté (car ce moment arrive tôt ou tard), on se retrouve inévitablement dans une situation de gêne et de frustrations, or on pourrait s’en passer.

Il engage des dynamiques de manipulation

On n’en parle pas souvent mais le flirt met en scène des dynamiques de domination, de manipulation et de suggestion qui sont fondamentalement nocives lorsqu’on souhaite s’engager dans une relation à long terme. Je veux prendre un exemple concret. Imaginez que vous ayiez rencontré une personne qui semble intéressée par vous et qui fasse une approche. C’est tentant de répondre à ses signaux uniquement pour vérifier si vous plaisez, ou même simplement pour le sport, pour s’amuser, sans avoir le moindre intérêt réel envers cette personne. Pour un individu non régénéré ça peut ne pas poser de problème de conscience mais pour nous qui sommes en Christ, c’est clairement toxique.

Utiliser autrui comme un moyen pour combler ses désirs d’insécurité n’a rien de romantique. Et rien ne peut être construit sur cette base car aucune alliance vraiment solide ne peut se construire sur un mensonge, sans une confiance mutuelle. Ceci dit, quelques uns me diront qu’ils se sont trouvés dans une dynamique de flirt et sont aujourd’hui en couple, légitimes et heureux. Je n’en doute pas et leur souhaite tout le bonheur du monde. Mais s’ils me disent qu’ils ne sont à aucun moment passé par une ré-examination de leurs sentiments mutuels, je vais poser de sérieuses questions quant à la longévité de leur relation.

Il fuit l’engagement

Le flirt est un flirt. Il n’engage absolument à rien, pourtant crée entre les individus des liens plus forts que ce que la nature de leur relation est censée prédire. Messieurs, si vous voulez avoir un mot à dire quant à qui elle fréquente, ce qu’elle fait et avec qui, cherchez à vous engager avec elle, plutôt que de voler son temps et de donner les maux de tête pour rien à l’enfant d’autrui. De la même manière, un individu qui n’a pas d’engagement avec vous ne peut pas prétendre avoir son mot à dire sur votre mode de vie, et ne doit pas s’attendre à obtenir votre attention plus que les autres. En ce sens, le flirt est fondamentalement une fraude car il prend au mariage tous les avantages émotionnels de l’hypothèse d’un partenaire de vie, mais enlève la plaie de l’engagement mutuel que celui-ci impose.

En quelques mots, le flirt est naturellement vicié et j’invite vraiment tous ceux qui auront lu ces lignes, à lever les ambiguïtés dans leurs interactions avec les autres. Etre clair sur ses attentes et ses désirs, c’est un signe de maturité. Rester dans l’équivoque et la ligne jaune, c’est un signe clair qu’on n’est pas prêt pour un engagement plus sérieux. Pour ma part, je prie pour être capable de m’élever aux standards que je vois fixés par le Seigneur dans ma vie relationnelle: être intentionnel. Ce ne sera pas forcément facile, mais j’ai la conviction que Celui qui m’a appelé à ce standard est fidèle et c’est Lui qui le fera. Il ne pourrait en être autrement.

Pour continuer cette série d’articles sur les relations et les engagements, la deuxième partie se trouve ici.  Je recommande aussi les commentaires en dessous de l’article, qui sont particulièrement intéressants.