2nd mai 2020

Garde ton coeur, et le sien.

Par adwondje

Autrement titré “Soyons Intentionnels 2, ou comment envisager une relation de couple conduisant au mariage sans passer par le flirt”

Cet article est une suite à la lettre “Soyons intentionnels ou qu’est ce que le flirt”, lettre dans laquelle je proposais une tentative de définition du flirt, tout en montrant ses dangers pour un individu régénéré. Cette lettre a reçu cette réponse, qui me remplit d’humilité:

“J’ai aimé cet article. Mais je pense que la suite logique serait d’en rédiger un autre qui expliquerait la démarche à aborder quand on souhaite arriver au mariage sans passer par le flirt”.

A la lecture de chaque mot de cette réaction je commençai de suffoquer. C’est la raison pour laquelle avec cette tentative de réponse, je vais mettre une clause de non responsabilité, ou en anglais “disclaimer”.

Disclaimer 1: Je ne suis ni pasteur, ni coach, ni marié, ni même semblant d’un peu engagé comme ça pour goûter. Rien de ce que le monde considère comme critère valable ne me donne la légitimité pour donner mon opinion ou mes observations sur les dynamiques de couple. Je suis comme Paul face aux corinthiens, ma lettre de recommandation c’est toi, cher destinataire de ma lettre. Si elle te sert de guide vers le bien, ma preuve sera faite qu’elle valait la peine d’être écrite. Si elle te laisse au contraire dans un état plus angoissé qu’avant la lecture, cela fera de moi un charlatan.

Disclaimer 2: Je suis un homme rempli de fautes et de transgressions. Dans une perspective chrétienne du couple et donc du mariage, ce qui est attendu des hommes et des femmes est distinct. Même si on retrouve des attentes et des traits communs aux deux groupes, cette lettre traitera spécifiquement d’une attitude attendue des hommes dans une dynamique de couple, ou plus précisément avant le couple biblique, c’est-à dire mari et femme. Il faut donc de l’aide, pour qu’il soit complet: une ou plusieurs personnes brûlantes pour le Seigneur, rigoureuses dans leurs foi et sensibles aux problématiques adressées ici, qui seront capables d’écrire sur l’aspect féminin de la question et mêm, pourquoi pas ajouter des détails pu carrément les aspects masculins que j’ai énoncé ici. Toute soumission est la bienvenue, à l’adresse ad@wondje.com.

Disclaimer 3: Ma situation émotionnelle au moment où je pose ces lignes est si désastreuse que je n’arrive même pas à croire que les mots que vous lirez viendront de moi. Le destinataire ne devra en aucun cas, AUCUN, croire que l’auteur est plus capable que lui de se tenir aux standards qui sont fixés ici. Tous deux auront besoin de Christ pour tenir les engagements qu’ils seront obligés de prendre, à la fin de l’écriture pour l’un, de la lecture pour l’autre. Que Dieu nous vienne en aide.

Passons donc à la lettre. Oh Seigneur, que j’aimerais ne pas avoir à l’écrire.


Demander quelle est la démarche à aborder quand on souhaite arriver au mariage sans passer par le flirt pose deux problèmes fondamentaux à adresser. Le premier consiste en une question: Y a-t-il une démarche typique, orthodoxe, juste ou correcte de se marier? Deuxièmement, le sujet même est ambigu. Il donne l’impression que le flirt est le seul risque face auquel un individu peut bousiller ses chances de construire une forme saine de relation. Je vais essayer autant que possible de tacler les deux questions mais faut pas s’attendre à des miracles hein, elles sont vastes.

1. Où est ma côte?

Il faut qu’on se comprenne. Vouloir se marier est une belle chose. Mais c’est aussi une responsabilité dont peu de personnes semblent vouloir tenir compte lorsqu’ils prennent les engagements, dans une perspective chrétienne. L’acception populaire veut que les femmes soient les seules à rêvasser du jour des noces et de la belle robe, pendant que les messieurs, eux, se concentrent plutôt sur l’après, la lune de miel et l’union des corps qui s’en suit logiquement.

J’avoue, c’est pas faux.

Mais s’il faut être tout à fait honnête, les hommes aussi rêvent, font des plans, réfléchissent à laquelle de leur ex ils vont devoir ne pas inviter pour éviter que le phénomène “Ross-Rachel” se produise, bref, nous aussi, on rêve, surtout que dans la perspective chrétienne, le contact charnel est impensable avant l’engagement marital et forcément, disons que ça peut créer des attentes un peu disproportionnées pour le jour J. La question que j’entends le plus souvent posée dans les séminaires sur le mariage est justement celle là: “Comment savoir qu’elle est vraiment la femme de ma vie?” ou la variante spirituelle, faisant écho à Génèse 2: “Comment trouver ma côte?”

Bah j’ai envie de répondre: ”regarde entre ta poitrine et tes hanches, de part et d’autres, elle doit pas être loin”.

Je veux dissiper un doute: le choix du conjoint N’EST PAS LA DÉCISION LA PLUS IMPORTANTE que nous prendrons dans notre vie. La décision la plus importante de notre vie, c’est celle de suivre Jésus jusqu’à la gare où non, et de celle-là découlent toutes les autres. Maintenant, c’est clair, le choix du conjoint se retrouve juste en dessous, après ces quelques choix difficiles: acheter une voiture ou le terrain? Avant ou après l’avoir dotée? Et la décision fatidique: lequel entre Messi et Ronaldo est le meilleur joueur du monde?

Et ne faites pas comme si vous n’y pensiez pas, on est des gars, on se connait au quartier.

2.”Qu’est-ce que tu veux faire de ta vie?”

C’est là que nous les hommes tombons dans les premiers pièges, à mon avis. Basiquement le mariage engage toute une vie et pas qu’une seule. Pourtant nous sommes pressés de courir d’églises en églises pour trouver notre “Rebecca” sans avoir même une tente dans laquelle nous pourrons nous consoler avec elle de l’absence de notre mère. Attention, je ne dis pas qu’il faille nécessairement avoir une maison à deux niveaux pour vouloir s’engager, simplement si nous avons l’intention d’engager la fille d’autrui dans une aventure dont nous avons la responsabilité par mandat divin, le minimum est d’avoir une idée assez claire du mode de vie que nous avons à lui offrir et du genre de sécurités auxquelles elle peut s’attendre.

Elles appellent ça savoir ce qu’on veut dans la vie. Si je ne sais même pas un peu qui je suis, où je vais, comment je peux me présenter convenablement à ma dulcinée sans être un fraudeur? Surtout que lorsqu’on est amoureux on ne peut s’empêcher de vouloir montrer une image reluisante de soi. Notre premier défi pour espérer mener une vie célibataire saine et une préparation au mariage convenable est donc de savoir qui on est, un peu de ce qu’on veut et beaucoup de ce qu’on ne veut pas. Par exemple, si elle n’est pas sauvée, c’est un deal breaker. Qu’elle soit belle comme toutes les roses du jardin de Versailles, qu’elle cuisine comme la fille cachée de Philippe Etchebest ou qu’elle donne des conseils dignes de Salomon lui-même, pas d’attelage disparate. C’est le seul commandement/conseil donné par notre Seigneur sur la question du mariage, je crois qu’il faut envisager de le respecter. De même, notre relation avec notre Seigneur est un thermomètre assez fiable de notre validité en tant que potentiel prétendant.

Je crois fermement que nous hommes, nous avons commencé à faire les choses à l’envers. Normalement, on définit un plan de vie ou au moins une ébauche, on identifie les moyens à notre disposition et ensuite seulement on cherche une partenaire susceptible de nous accompagner convenablement dans cette tâche. Bien sûr, il y a des exceptions. Parfois tu peux rencontrer une fille du royaume tellement merveilleuse que tu mettes immédiatement tes plans en suspend pour obtenir la grâce de sa présence dans ta vie aussi vite que possible, quitte à changer drastiquement tes plans pour lui faire plus de place, je l’admets. Mais même dans ce cas, il faut d’abord avoir un plan, un projet, un appel, une pensée en construction, un but pour lequel nous sommes déjà en train de courir, même si il changera en cours de route. Joseph épousait Marie en lui proposant une vie de femme de charpentier… Elle l’a acceptée et s’est retrouvée mère porteuse du Seigneur des seigneurs. A contrario, quand David a épousé Mical la fille de Saül, celle-ci s’attendait à un chevalier, un combattant, un guerrier aux faits d’armes reconnus dans toutes les contrées. Lorsqu’elle s’est rendue qu’elle était engagée avec un adorateur et un prophète de l’Eternel, converti pour un temps en danseur d’opérette, la raillerie et les problèmes n’ont pas tardé à commencer. On lui avait menti sur la marchandise. Bien sûr je fais une interprétation bancale, qui agresse toutes les règles herméneutiques de base mais cela sert un point… en couple comme dans tous les aspects de notre vie de disciples, l’intention doit précéder l’interaction.

Je ne sais pas pourquoi j’insiste autant sur ce point mais il me semble vital. Peut-être est-ce d’ailleurs la cause des dynamiques de flirt chez nous les hommes. Fondamentalement, le flirt est une activité à laquelle on s’adonne quand on s’ennuie. Lorsqu’on a la tête embrouillée dans un projet qui nous dépasse, lorsqu’on est à la poursuite d’une ambition plus grande que nos épaules, excusez mon français mais on n’a pas le temps à perdre avec les bêtises. On pense et agit comme le jeune Timothée à qui son père dans la foi pouvait dire:

“Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus Christ. Il n’est pas de soldat qui s’embarrasse des affaires de la vie, s’il veut plaire à celui qui l’a enrôlé; et l’athlète n’est pas couronné, s’il n’a pas combattu suivant les règles. Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits”.

Ces phrases ne sont pas pour les joueurs, les tacleurs et les voleurs de grâce. Elles sont pour ceux qui aspirent à devenir des hommes faits, et qui regardent donc leur entourage en vertue de cette connaissance de ce qu’ils sont appelés à accomplir, ou des responsabilités qui sont et/ou seront sur leurs épaules. “Combattre suivant les règles”, ça signifie, en bref, pas de ligne jaune. Pas de causerie ambigüe si tu n’es pas prêt à aller aussi loin qu’elle te le permettra. Je parle des étapes du mariage, rencontrer ses parents, sa famille, doter, c’est de cela que je parle, et non de l’assouvissement de nos pulsions impures.

Maintenant, supposons les différents cas qui se déduisent de ce premier critère de base: le premier, le jeune homme qui ne sait pas forcément ce qu’il veut, mais qui a déjà le désir de se marier. Bon, parlons peu parlons clair, ce qu’il veut ce n’est pas le mariage, c’est ce qu’il y a dedans: le sexe. Je l’ai dit plus haut, dans une perspective chrétienne un homme a une pression double, non seulement la pression sociale mais aussi la pression de ses hormones qui le dérangent (et n’arrêteront d’ailleurs pas forcément après la bague au doigt, contrairement au mythe populaire). Pour celui qui cherche à mener une vie authentique de fidélité au Seigneur, les tentations sont nombreuses et au bout d’un moment on peut en avoir marre. Ainsi, je veux coucher, mais ma culture et mon background de chrétien zélé m’empêchent de me livrer à mes pulsions. Que fais-je? Je cours dans les bras de la jolie soeur toute aussi brûlante que moi, mes yeux brillent quand je la vois, non de la lueur de l’amour mais de la flamme dévorante de la luxure et de mes pensées inavouables.

Aurai-je l’air sérieux, paradoxalement oui. Un homme motivé est inarrêtable. Je paierai tout ce qu’il y aura à payer, je dirai tout ce qu’il y a à dire, et je ferai mes preuves comme un chef, peut-être suis-je même moi-même convaincu qu’elle est la bonne, que “la connexion entre nous est trop forte pour être juste l’effet de ma chair, et puis j’ai prié, et Dieu m’a montré les signes”. Et pourtant. Evidemment que tu as vu les signes, avec des lunettes bleutées même une bouse séchée ressemble au ciel étoilé. Et peut-être même que c’est une bonne personne, tu ne t’es pas trompé, simplement… Ce n’est pas parce que c’est une bonne personne que c’est une bonne personne pour toi… Quant à ton engagement, oui, il était sincère, tu peux avoir été sincèrement dans l’erreur, comme Paul sur le chemin de Damas, comme Balaam juste avant que l’âne ne prophétise. Mais toi, tu n’as pas leur excuse, parce qu’en tous temps tu as le Saint Esprit en toi pour te retenir et la parole pour apaiser ton zèle.

Comment donc identifier qu’on n’est pas sous l’emprise de ses pulsions? Deux choses évidentes. La première: le flirt ne résout pas le problème, il l’empire. Car comme dit dans une précédente lettre, le flirt crée un cercle vicieux de réactions, de sortent que vous vous mentez tous les deux, mais tellement bien qu’aucun ne s’en rendra compte. Deuxièmement, si elle est suffisamment mature, la discussion est un bon moyen d’avoir les idées claires et de savoir où on en est.

Une vie chrétienne de célibataire est remplie de ces conversations gênantes mais tellement salutaires, dans lesquelles on déclare humblement ses sentiments (un peu) et ses intentions (surtout), au téléphone ou en rendez vous (dans un lieu public ET ouvert bien sûr, petit vicieux). Un rateau ou deux, c’est pas bien grave dans une perspective d’éternité, et cinquante ans c’est vachement long pour avoir à regretter ses choix et dormir tous les soirs avec une personne qui nous insupporte. Parfois aussi on n’est pas sur la même longueur d’onde. Tout le monde n’a pas la maturité nécessaire pour accepter cette conversation, et au fond ça peut se comprendre. une prière qui aide souvent, je la tiens d’un grand frère: au lieu de demander “Seigneur, est-ce la bonne pour moi”, il vaut mieux demander “Seigneur, révèle moi son coeur et dévoile moi le mien”. Il répond souvent à la première, toujours à la seconde. Ensuite il ne tient qu’à nous de prendre les décisions qui s’imposent. Et d’expliquer honnêtement et dans l’amour fraternel, les raisons de notre position.

“Parfois la décision la plus difficile et la bonne décision, sont la même décision”

Je pense qu’au cours de cette conversation, il est bon pour nous de répondre à ces quelques questions qui peuvent s’avérer salutaires. Nous n’avons pas besoin d’attendre qu’elles nous les posent, nous sommes de grands garçons et en plus ce sont des interrogations qui n’engagent à rien:

Qu’elles sont nos attentes de leur part?

Quelles sont nos intentions envers elles? Où est-ce que nous les voyons s’épanouir? Quels sont nos projets pour nous mêmes ou le mode de vie qu’on peut leur promettre sans trop de risques de mentir? Et nos ambitions? Et nos contraintes? Notre background familial? Notre relation aux tâches ménagères (en Afrique c’est triste mais c’est important)?

En tant qu’époux potentiels, nous oublions souvent que nous sommes appelés à être le pasteur de cette jeune demoiselle, à la conduire plus loin qu’elle ne pense pourvoir aller par ses propres moyens. Nous devons être capables de la faire croître, s’épanouir comme la fleur magnifique qu’elle est, que nous voyons en elle. Ce plan n’est pas une question de moyens, encore moins de pulsion. Le sentiment amoureux crée en nous le désir de prendre des décisions sans réfléchir aux conséquences, mais en aucun cas il ne nous prédispose à assumer les conséquences de ces décisions une fois prises. Le fait donc de poser et de répondre à des questions factuelles nous permet déjà de faire un diagnostic relativement précis de ce qu’on à leur offrir et me semble un point de départ convenable pour un engagement sérieux et fructueux sur la durée. Sans flirter.

Maintenant j’imagine qu’il y aussi des femmes fraudeuses. Elles pourraient tout à fait “tricher” et ne pas se présenter sous leur vrai jour dans le but d’atteindre un quelconque objectif et d’obtenir un gain potentiel venant de vous: de l’attention, une validation sociale, un réconfort affectif ou même des avantages matériels, si vous avez la grâce d’être bien pourvus, c’est possible, même probable. Et alors? L’amour ne doute point n’est-ce pas ce qui est écrit? Le fait qu’elle soit une voleuse de grâce potentielle ne nous dédouane pas de notre devoir envers elle.

Même, en tant que fraudeuse ça peut lui donner un peu de plomb dans la tête de savoir à quoi s’attendre avec vous. Si elle a le rêve devenir femme au foyer d’entrepreneur à succès et qu’elle se rend compte que la seule porte qu’on lui propose est celle d’épouse de pasteur qui va travailler et gagner plus que son mari, prier avec lui trois heures par nuits et accueillir des dizaines d’inconnus tous les soirs… Autant qu’elle soit informée avant de s’engager. Avec un peu de chance elle prendra peur et s’enfuira sans que vous ayiez à lui demander quoi que ce soit. Si elle reste, même si la relation finit par une rupture, vous aurez gagné de l’expérience, une belle histoire à raconter, une amie fiable et un partenaire de prière de valeur pour vos combats futurs dans le ministère.

Lol. Une amie fiable. Laissez nous ça. Si ça finit entre vous tu bloques son numéro, tu l’unfollow sur tous les réseaux sociaux, tu supprimes vos photos et tu pries pour que ses papiers pour le canada sortent aussi vite que possible.

Au moment où je m’approche de la clôture de la lettre, j’ai l’impression de nous laisser avec plus de questions que de réponses. Mais j’ai la ferme conviction que le Seigneur nous attend quelque part dans notre façon d’interagir avec les merveilleuses enfants de Dieu qui nous entourent. Plus de respect, plus d’intentionnalité, plus d’humilité et de précisions dans nos interactions avec elles. Qu’elles le méritent ou non à nos yeux, elles sont les protégées du Seigneur et chacun de leurs cheveux est compté par Lui. Il ne nous laissera pas impunis si nous perpétuons les habitudes que nous avons trouvées chez nos pères. Une dernière chose qui est en fait la première. Un aveugle ne peut conduire un aveugle ou pire, un voyant. Tout ceci ne sert strictement à rien si nous ne sommes pas nous mêmes renouvelés dans notre intelligence, dotés d’un esprit régénéré, marchant en nouveauté de vie, dans les pas de notre Seigneur Jésus Christ. C’est Lui qui nous a donné le zèle pour quitter la maison de servitude, c’est Lui qui nous donnera la sagesse pour agir avec tempérance envers nos congénères de l’autre sexe. Il est fidèle, Il le fera. Il ne saurait en être autrement.