30th avril 2020

Ce que je retiens de Letourneau.

Par adwondje

Biographie d’un inventeur milliardaire, entrepreneur, évangeliste.

Robert Letourneau fut un entrepreneur et évangéliste chrétien ayant vécu entre le 19ème et le 20ème siècle de notre ère. Tout le long de la biographie que je viens de lire de lui, l’auteur Albert Lorimer tint à mettre en avant le caractère rude du monsieur et ses attitudes de mécano: toujours un outil à la poche, une planche à dessin remplie de croquis et de calculs dans les mains. Parmi les dernières anecdotes du bouquin on lit comment devant les chutes du Niagara, Letourneau sort une feuille de papier et un crayon, avec l’idée de calculer la puissance générée (et donc perdue) par les trombes d’eau du fleuve.

Un rustre, aurait pensé quelqu’un. Un ange en costume, penserait un autre. Letourneau est l’un des rares hommes à être autant connu pour ses incroyables réalisations sur le plan professionnel que pour son oeuvre dans le ministère. On parle d’un homme qui fut capable, dans une lettre adressée à ses actionnaires, de raconter ses voyages d’évangélisation plutôt que de publier les derniers résultats financiers. Dans sa biographie, on le voit qui, devenu millionnaire, décide de donner 90 % de sa fortune à Dieu et d’en garder 10% pour lui, et pour qui au terme de sa vie les 10 % qu’il s’était réservé valent plus, bien plus que les 100% dont il jouissait avant d’avoir pris l’engagement. On voit aussi un croyant fidèle: ayant lu dans les écritures qu’il est inadmissible qu’un chrétien aille devant les tribunaux pour quereller avec son frère, il décide de laisser ce dernier “gagner”, alors qu’il aurait été avantagé en cas de procès.

Cette machine de Letourneau peut littéralement déplacer des montagnes. Like, for real.

On le voit rembourser ses dettes, donner plus qu’il n’en faut aux nécessiteux sans pour autant faire acception de personnes: lorsque des collègues commencent à murmurer dans les couloirs de l’usine qu’il faut être “croyant” pour avoir de l’avancement, Letourneau réagit immédiatement en rappelant que Dieu ne peut pas être une excuse pour le mauvais travail et même si il pense qu’un ouvrier brûlant pour Christ est censé être plus productif et plus motivé, il reconnaît lui-même que la question des croyances n’est pas fondamentale dans ses processus de recrutement et d’avancement professionnel, au contraire: il préfèrerait engager plus de non croyants pour avoir la possibilité de les voir convertis au cours d’une des séances d’évangélisation tenues dans ses usines.

J’ai aimé ce livre qui a excité ma foi et m’a encouragé à rendre la bonne nouvelle du Salut plus vivante dans mon coeur et dans ma vie pratique. Pourquoi je reste encore accroché à mes péchés comme si en les abandonnant c’était à Dieu que je rendais service? Pourquoi je me maintiens encore dans le silence face aux non croyants alors que la moisson est grande et qu’il y a peu d’ouvriers? Pourquoi je m’inquiète du manger et du boire de mes enfants alors que j’ai un Dieu qui nourrit les oiseaux du ciel et les bêtes des champs? Ce bouquin, “Dieu dirige mes affaires”, m’a encouragé à rendre ma foi plus concrète. Pas à prendre de nouveaux engagements qui viendraient s’ajouter à ceux que j’ai déjà pris et que je ne respecte pas, mais plutôt à tenir avec plus de fermeté et de hardiesse les nombreuses promesses que j’ai déjà faites à mon Sauveur. Payer mes dettes, plus respecter les horaires des rendez-vous de prière et d’enseignements, être plus attaché à la sainteté et plus fidèle aux écritures, abandonner définitivement les actions et pratiques pour lesquelles j’ai été convaincu de péché, pour ne citer que quelques unes.

youtube.com/watch?v=0pOarjP3XiE

Le récit est très élogieux et fait presque se demander si Letourneau était parfait. Je suis sûr que non, mais le parti pris fut de mettre en avant les parties de la vie de l’entrepreneur qui nous encourageraient à la piété, pas d’écrire un bouquin d’aventures destiné à faire trépigner nos yeux avides de trash et de personnages ambigus à la façon Batman.Dans ce livre, ce n’est pas Letourneau qui est exposé, ce dernier n’est qu’un prétexte. Le vrai personnage principal c’est Christ, et lui ne faillit jamais.

Dans la crise financière Il pourvoit, dans le danger Il délivre, dans le deuil Il console et dans l’épreuve Il fortifie. Il a fait tout ça pour Letourneau, Il le fait encore pour nous aujourd’hui. Ceci dit, je trouve intéressant de trouver comme critique du livre qu’il ne semble pas réaliste parce que trop flatteur. La Bible ne dit elle pas que Daniel fut trouvé irréprochable? Qu’est-ce que ça dit de notre culture, si après avoir lu l’histoire d’un homme -qui de lui même avoue ne pas avoir tenu toutes ses promesses faites au Seigneur- nous concluons qu’elle n’est pas intéressante parce qu’elle manque de travers, de magouilles et de péchés inavouables?

Bref.

Biographie de Letourneau par Albert Morimer,

Je recommande le livre. Il n’est pas long, et rappelle à notre contexte une histoire qu’on lit tous les jours dans la parole. Celle d’un croyant qui après avoir remis sa vie entre les mains du Seigneur, a plus tard décidé de croire pleinement les promesses de son Dieu, en particulier celle-ci: “Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par dessus”. Matthieu 6:33. Comme Paul, comme David, Comme Samuel, Comme Ruth et Déborah, comme Marthe et Marie et bien d’autres. Comme nous aussi, j’espère.

Un dernier élément de la vie de Letourneau. Sur ce point je tiens à m’étendre un peu parce que j’ai été choqué par cette anecdote, si on peut dire. Le passage se trouve au chapitre III du livre et voici l’extrait qui m’a fracassé: “Letourneau passa les dix années suivantes à Stockton, en californie. Cette période représente un temps d’arrêt dans sa vie, une sorte d’attente. C’est là qu’il rencontra celle qu’il devait épouser. C’est aussi là qu’il monta sa première affaire, laquelle existe encore aujourd’hui”.

Ces dix ans correspondent à peu près à l’espace entre les 19 et les 29 ans de Letourneau, de 1907 à un peu plus de 1917. Pendant ces années, Letourneau gère une petite affaire de réparation de véhicules avec un ami. II fait un accident qui l’empêche d’aller sous les drapeaux en 1914, mais il s’engage quand même dans un atelier de construction navale jusqu’à la fin de la guerre. A son retour, sa compagnie est dans une situation critique et il est obligé de d’accepter n’importe quel travail pour pouvoir payer une dette de 5000 dollars sans quoi son entreprise fermera. Nous avons donc pendant cette période la guerre, la maladie, la douleur, vers la fin la dette et le désarroi financier, sans compter que spirituellement Letourneau est loin d’avoir les intérêts du Seigneur comme priorités. Dans la Bible, ce genre de saisons porte un nom: le désert. Cela dure plus où moins jusqu’à ses 32 ans, moment où Letourneau prend un engagement qui changera à jamais sa vie de foi. Je ne le transmets pas ici, à chacun d’avoir le sien.

Pour nous qui lisons avec des dizaines d’années de recul, nous voyons clairement que notre entrepreneur n’avait rien commencé de ce qui allait faire sa fortune et remplir les livres qui parlent de lui, même si on voit aussi les indices tracés au long de son parcours: son éducation, ses débuts d’entrepreneur, son caractère. De son point de vue, ces dix ans ont dû être pour lui le pic de sa vie. Je l’imagine, certain que les trente prochaines années de son existence seront similaires aux trente précédentes: une petite maison, une petite famille, une petite entreprise, une petite relation avec le Seigneur. Mais non, quelque chose a changé pour lui à un âge où les gens ne changent plus. C’est à 32 ans qu’il s’est définitivement lancé dans l’affaire de construction des énormes machines pour lesquelles il est le plus connu aujourd’hui, c’est entre 40 et 50 ans que sa fortune a pris la trajectoire de croissance continue qui a fait de lui un multimillionnaire et c’est à 78 ans qu’il termina la conception de sa dernière machine, de son chef d’oeuvre.

A reculon, il n’avait certainement aucune idée de ce qui l’attendait au moment où il prit l’engagement de se lancer pleinement et sans parachute dans l’aventure que le Seigneur présentait devant lui.

C’est pour moi un encouragement énorme. Je ne serai peut-être pas aussi prospère financièrement que lui, je n’aurai peut-être pas la même portée internationale, mon nom ne sera peut-être pas revêtu de la même aura de succès public que Letourneau, mais les promesses auxquelles il s’est attachées sont aussi vraies aujourd’hui qu’au moment où elles furent écrites. La fidélité du Dieu vivant est toujours aussi infaillible pour celui qui met sa confiance en Jésus et ceci me fait me dire: peut-être que cette situation de tiédeur spirituelle dans laquelle je suis, ces moments de silence dans mes prières pendant lesquelles je crie à Dieu mais je n’entends ni ne vois rien, peut-être bien que ce sont juste mes dix ans de désert qui sont en train de passer. Comme les quarante ans de Moise à Madian, comme les années de prison et d’esclavage de Joseph fils de Jacob, comme les 30 ans de Jésus avant son entrée dans le ministère. Cela demande un peu de foi de croire que nos années prochaines avec le Seigneur ne ressembleront en rien à nos années passées avec lui, que nous avons juste à lui être fidèles pour voir un exaucement au delà de nos attentes.

En plus, nous avons un Dieu relationnel, et non transactionnel. Même quand nous ne remplissons pas fidèlement et en tous temps notre part de l’alliance à laquelle Il nous a appelés, Lui remplit toujours la sienne, sans faillir.